TANZANIE : 7 PERSONNES ACCUSEES DE SORCELLERIE BRULEES VIVES

AFP/Milliyet Daily/Bunyamin Aygun

AFP/Milliyet Daily/Bunyamin Aygun

Publié le 10.10.2014, 15h00 | Mise à jour : 16h32 – LeParisien.fr

L’histoire est digne d’un film d’horreur mais elle est bien réelle. La police tanzanienne a annoncé ce vendredi que sept personnes, accusées de sorcellerie, ont été brûlées vives et une vingtaine de maisons incendiées par une foule de villageois dans l’ouest du pays. Ce lynchage s’est déroulé lundi soir dans le village reculé de Murufiti, situé à environ 1 200 km à l’ouest de Dar es Salaam, la capitale économique de la Tanzanie.

Dans les régions frontalières entre la Tanzanie et le Burundi, les croyances occultes restent vivaces. La région est également régulièrement le théâtre d’agressions d’albinos, des Africains blancs en raison d’un problème de dépigmentation, victimes de superstitions. On attribue sur place des vertus magiques à leur corps, recherchés par les sorciers et guérisseurs. Lors de ces attaques, certains sont tués et d’autres amputés.

Le chef de la police pour la région de Kigoma, Jafari Mohamed, a précisé que 23 personnes ont été arrêtées, dont des chefs traditionnels et un sorcier-guérisseur. «Ils doivent comparaître (vendredi) pour des chefs d’accusation de meurtres», a-t-il précisé. Les victimes «ont été attaquées et brûlées vives par une foule de villageois qui les accusaient de pratiquer la sorcellerie», a expliqué Jafari Mohamed, précisant que cinq des victimes avaient plus de 60 ans et que les deux autres étaient quadragénaire et quinquagénaire.

«Mwananchi», journal local en langue swahilie, cite le témoignage de Josephat John, un jeune homme qui dit avoir fui le village à l’arrivée de la foule : «Quand je suis revenu le lendemain matin, j’ai trouvé le corps de ma mère brûlé à environ 10 mètres de notre maison. Et celui de mon père, également brûlé, à l’intérieur de la maison.» Les victimes ont été désignées à la vindicte populaire par un guérisseur récemment arrivé dans le village selon «Mwananchi», citant des sources locales.Dans un rapport publié en 2012, le Centre juridique et des droits de l’Homme (LHRC),  une ONG tanzanienne, expliquait que des croyances populaires font des yeux rougis un signe de sorcellerie alors que, selon elle, le phénomène est surtout provoqué par une irritation des yeux de femmes contraintes de cuisiner en utilisant de la bouse de vache comme combustible. Les mêmes croyances imputent à des actes de sorcellerie les coups du sort, mésaventures et désastres frappant des personnes comme la communauté dans son ensemble.En 2012, le LHRC estimait qu’environ 3 000 personnes accusées de sorcellerie, surtout des femmes âgées, ont été lynchées dans le pays entre 2005 et 2011. «En moyenne 500 personnes d’âge mûr, en particulier des vieilles femmes aux yeux rougis, sont tuées chaque année en Tanzanie, soupçonnées d’être sorcières», indiquait le LHRC dans un rapport.

Selon l’ONG, ces crimes sont même en hausse dans le pays. 630 personnes accusées de sorcellerie ont été tuées en 2012. L’année dernière, le nombre de victimes a encore augmenté. Sur les 765 personnes tuées, 505 étaient des femmes.

Comments are closed.

UA-53452305-2
error: Content is protected !!